Face à face.  posté le samedi 27 février 2010 19:43

 

Les coteaux s’enflammaient,

Lorsque les vibrations,

De ses yeux noirs et flous,

Se perdaient elles aussi,

Dans les herbes dressées.

 

Par instant, le silence,

Comme la fine poussière,

Qui ternissait l’albâtre,

Traînait dans les coins sombres.

 

Je n’osais réveiller,

Ses yeux si silencieux,

Ni chasser de ma main,

Son ombre envahissante.

 

Son souffle me berçait.

 

Le parfum de son corps,

Comme le vent si changeant,

Transformait chaque objet,

En volutes de soie,

Tissus multicolores,

Vibrant à l’unisson,

Des  lourdes campanules.

 

J’attendais son sourire,

Celui qui réanime,

Celui qui fait passer,

Du trépas à la vie.

 

Alors à l’horizon,

On entendait renaître,

Les derniers soubresauts,

Ceux qu’on avait tués.

 

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Après...  posté le dimanche 14 février 2010 10:32

Après…

 

Laisse-moi oublier,

Ton sourire du matin,

Quand j’ai vu dans tes yeux,

Le trouble indéfini,

Qui me faisait comprendre,

Que tout était fini.

Tes mots paralysés,

Sont restés dans ta gorge

Et je te regardais,

Comme un navire qui sombre,

Comme un aigle sans ailes,

Qui ne sait plus voler.

Il reste ton silence.

Tes soupirs effacés,

Ont gravé chaque objet,

Comme la fine poussière,

Qui ne fait que ternir,

Les tasses en porcelaine,

Les cuillères en argent

Et le lourd cendrier.

Tu as franchi la porte,

Sans même te retourner,

Et tu as emporté,

Avec toi, mes désirs,

Mes tristes illusions,

Mes espoirs périmés.

Assis au pied du lit,

Je contemple les draps

Que ton corps, dans la nuit,

A lentement froissés.

Que reste-t-il de toi ?

L’empreinte de ta peau,

La trace de tes lèvres,

Sur la dorure ocre,

De la petite tasse,

A la anse fêlée,

Un flacon de parfum,

Qui est déjà bien vide,

Quelques cheveux épars,

Sur le doux oreiller.

Ce sont ces petits riens,

Qui m’ont permis de vivre,

Sans toi. Tu n’es plus là.

Les années ont passé.

Quelqu’un frappe à  la porte

Et je ne sais pourquoi,

Je pense que c’est toi.

Je ne vais pas ouvrir,

Par peur d’être déçu.

Maintenant je le sais,

Que tu es revenue.

Mon espoir a grandi

Et je pourrai bien vivre,

Sans te voir mon amour.

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Les villes de l'arrière-monde (3).  posté le samedi 13 février 2010 09:27

Je soutenais la poutre,

J’adorais ce métier :

Vingt deux heures de travail,

Par jour, sans m’arrêter.

Les bras levés, tendus,

Les muscles gonflés et durs,

Immobile, sans parler

Et fier de ma mission.

Nous étions cinq debout,

Travaillant sans nous plaindre,

Les bras levés, tendus,

Supportant le plafond.

Parfois, on entendait,

Au-dessus de nos têtes,

Des bruits de pas pressés,

Mais nous le savions tous,

Au-dessus, il y avait,

Cinq personnes comme nous,

Les bras levés tendus,

Supportant le plafond.

Et puis au-dessus d’eux

Et au-dessus encore,

Des hommes, encore des hommes,

Qui faisaient comme nous.

Je ne connaissais pas,

Mes voisins de labeur,

Je sentais leur présence

Et parfois leur odeur.

Quand arrivait la pause,

Un verre d’eau, puis un fruit,

Quelques massages rapides,

Dix minutes de sommeil

Et on recommençait.

Personne ne savait rien,

Il y avait quoi là-bas ?

Là-bas près des nuages,

Quel mystère effarant,

Quel divin personnage ?

De temps en temps, passait,

Parmi nous, une femme,

Elle aussi bras tendus

Et qui vaporisait

Sur notre poutre aimée,

Un nuage protecteur,

Qui éloignait les bêtes.

Parfois un tremblement,

Nous tous, nous le savions,

Sans rien voir, concentrés,

Un des nôtres mourait,

Un autre prenait sa place,

La poutre tenait bon,

Telle était notre mission.

Un jour elle m’a frôlé,

Elle était indécente,

La seule parmi les hommes,

Elle venait, puis partait,

Allant toujours plus haut,

Sans cesse vaporisant,

Le baume de la poutre.

Elle seule aurait pu dire,

Le mystère des nuages,

Ce qu’il y avait là-bas,

Au tout dernier étage.

La regarder, jamais,

Jamais poser mes yeux,

Sur elle, sur son visage.

Tout juste, la sentir,

Attendre son passage.

Le temps ne passait pas,

Ou il passait trop vite.

On savait sans savoir,

Que parfois, un des nôtres,

Etait récompensé

Et montait un étage.

Il retrouvait là-bas,

De nouveaux compagnons.

Un jour, elle murmura,

Au creux de mon oreille,

Moi je sais ce qu’il y a,

Là-bas dans les nuages

Et je vais te le dire…

Près des nuages, il y a…

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Les villes de l'arrière-monde (2).  posté le jeudi 11 février 2010 17:29

 

Parfois les lourdes portes

A trois mètres du sol

S’ouvraient vers le hasard.

Les murailles ajourées,

Filtraient les rayons verts

Et les guetteurs fous

Cachés entre les pierres

Regardaient l’ horizon.

Leurs yeux, lentilles de feu,

Mobiles dans leurs orbites,

Recherchaient dans le sable,

Les vagues des vers géants,

Qui sans cesse assiégeaient,

Les remparts de la ville.

Nous nous déplacions,

Tous verticalement,

En tirant sur les cordes,

Qui pendaient jusqu’au sol,

Dans des rues toutes droites,

Remontant vers le ciel.

Nous jouions de nos bras,

Aux muscles gigantesques,

En traînant derrière nous,

De petites excroissances,

Que jadis, nos ancêtres,

Nommaient, je crois, des jambes.

Dans la tour interdite,

Au sommet de la ville,

Les archets aguerris,

Sans cesse, tiraient des flèches

Et poussaient de grands cris,

Quand l’une d’elle atteignait,

L’ennemi de toujours,

Le ver si maléfique,

Qui, horreur, déplaçait,

Son corps mou et visqueux,

Horizontalement.

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Les villes de l'arrière-monde (1).  posté le mardi 09 février 2010 16:35

 

Les jours sont élastiques

Et les heures-caoutchouc,

S’étirent dans la nuit.

Les trottoirs, face à face,

Ne sont plus parallèles

Et les lourds lampadaires,

Se courbent vers l’oubli.

Il y a des jours comme ça,

Où les pavés pointus,

Pénètrent dans nos têtes

Et on ne sait comment,

Nos pieds semblent flotter,

Dans les petits nuages,

Agressifs à souhait.

La ville déploie ses larmes

Et offre à notre vue,

Sa rue pâle et grisâtre.

C’est la rue de l’ennui.

Les magasins frileux,

Se serrent à étouffer

Et montrent leurs vitrines,

Dans lesquelles se côtoient,

Des béquilles rouillées,

Montées sur des roulettes,

Des gants de marbre sculptés

Avec sept doigts cornés

Et de beaux pull-overs,

A trois manches évasées.

Sur les murs suintants,

Sont rivés des anneaux,

Avec des traces de sang,

De couleur vert-de-gris.

Au loin, un clocher noir,

Inverse le temps qui passe,

Et égrène les heures,

D’une étrange longueur.

La nuit ne tombe pas,

Au plus survole-t-elle,

Les toits et les ruelles,

Qu’elle plonge dans la pénombre.

Il y a des jours sans nuit,

Des jours couleur-café,

Des journées qui étouffent,

A cause des odeurs,

De la vie qui oublie,

Souvent de repartir.

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