Je
soutenais la poutre,
J’adorais ce métier :
Vingt deux heures de travail,
Par
jour, sans m’arrêter.
Les
bras levés, tendus,
Les
muscles gonflés et durs,
Immobile, sans parler
Et
fier de ma mission.
Nous
étions cinq debout,
Travaillant sans nous plaindre,
Les
bras levés, tendus,
Supportant le plafond.
Parfois, on entendait,
Au-dessus de nos têtes,
Des
bruits de pas pressés,
Mais
nous le savions tous,
Au-dessus, il y avait,
Cinq
personnes comme nous,
Les
bras levés tendus,
Supportant le plafond.
Et
puis au-dessus d’eux
Et
au-dessus encore,
Des
hommes, encore des hommes,
Qui
faisaient comme nous.
Je
ne connaissais pas,
Mes
voisins de labeur,
Je
sentais leur présence
Et
parfois leur odeur.
Quand arrivait la pause,
Un
verre d’eau, puis un fruit,
Quelques massages rapides,
Dix
minutes de sommeil
Et
on recommençait.
Personne ne savait rien,
Il y
avait quoi là-bas ?
Là-bas près des nuages,
Quel
mystère effarant,
Quel
divin personnage ?
De
temps en temps, passait,
Parmi nous, une femme,
Elle
aussi bras tendus
Et
qui vaporisait
Sur
notre poutre aimée,
Un
nuage protecteur,
Qui
éloignait les bêtes.
Parfois un tremblement,
Nous
tous, nous le savions,
Sans
rien voir, concentrés,
Un
des nôtres mourait,
Un
autre prenait sa place,
La
poutre tenait bon,
Telle était notre mission.
Un
jour elle m’a frôlé,
Elle
était indécente,
La
seule parmi les hommes,
Elle
venait, puis partait,
Allant toujours plus haut,
Sans
cesse vaporisant,
Le
baume de la poutre.
Elle
seule aurait pu dire,
Le
mystère des nuages,
Ce
qu’il y avait là-bas,
Au
tout dernier étage.
La
regarder, jamais,
Jamais poser mes yeux,
Sur
elle, sur son visage.
Tout
juste, la sentir,
Attendre son passage.
Le
temps ne passait pas,
Ou
il passait trop vite.
On
savait sans savoir,
Que
parfois, un des nôtres,
Etait récompensé
Et
montait un étage.
Il
retrouvait là-bas,
De
nouveaux compagnons.
Un
jour, elle murmura,
Au
creux de mon oreille,
Moi
je sais ce qu’il y a,
Là-bas dans les nuages
Et
je vais te le dire…
Près
des nuages, il y a…